Et si l'avenir venait... de Flandre ?

15/03/18 à 05:00 - Mise à jour à 13:07

L'université de Namur accueillait samedi dernier un colloque interfacultaire autour de la formation universitaire pour le médecin généraliste. Tous les acteurs majeurs - ou presque - de la médecine générale étaient présents pour discuter tantôt de l'attractivité de la profession, tantôt du contenu de la formation. Résultat : beaucoup de bonnes intentions, mais, finalement, rien de concret.

Et si l'avenir venait... de Flandre ?

Dr Giet : " L'intérêt pour la profession augmente de 24 % si l'exposition à la médecine générale est réalisée tôt dans le cursus. " © Belga image

Que fait-on en Belgique francophone pour rendre la formation plus attractive ? On se tourne par exemple vers les jeunes médecins, comme le Dr Anne-Laure Lenoir, généraliste namuroise ayant soutenu, fin 2017, une thèse de doctorat autour des facteurs d'attraction et de maintien dans la profession de médecin généraliste, à l'université de Liège. Pour la jeune femme, il faut repenser les soins de manière globale, et renforcer les soins primaires. Et l'université à un rôle à jouer. Dans la formation bien sûr, mais également dans le maintien dans la profession. " Il faut s'intéresser à l'orientation professionnelle ", souligne l'assistante à l'ULiège. " Les théories de l'orientation montrent que si le choix de la profession est un choix positif, il favorise le maintien. "

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Dr Schentgen : " Le CCFFMG était un premier pas dans la collaboration interfacultaire. Mais il faut aller beaucoup plus loin.

En Suisse, le Dr Jacques Cornuz, professeur à l'université de Lausanne, dirige la Policlinique médicale universitaire (PMU). Selon lui, il faut miser sur la recherche pour rendre la formation attractive. " La clef, c'est la création de connaissance. " Les politiques suisses ont demandé à la PMU d'aller plus loin en alliant la médecine interne générale, la médecine générale et la santé publique : il s'agit du projet Alliance Santé. À Cardiff et à Maastricht, un même rapprochement s'opère. Peut-être une piste pour une représentation plus forte des médecins, qui pourrait susciter l'intérêt des jeunes.

Mais, finalement, la solution ne viendrait-elle pas de Flandre ? C'est en tout cas le sentiment de nombreux médecins qui souhaitent que la formation en Belgique francophone soit " à la flamande " : interfacultaire. C'est le principal message que l'on retiendra du Dr Jan De Maeseneer, professeur à l'UGent. " Il faut construire votre forteresse : la formation en interuniversitaire. "

Guerre de clochers

Au-delà des propositions, il est intéressant de voir ce que les universités en retiennent. Les étudiants, présents, témoignent de leur envie d'être au contact des patients le plus tôt possible, de réaliser des stages plus rapidement... Bref : d'être sur le terrain au plus vite.

Du côté des départements facultaires, ainsi que du Centre de coordination francophone pour la formation en médecine générale (CCFFMG), tous sont d'accord : une révolution de l'enseignement est en cours. " Les politiques nous ont donné une page blanche pour écrire les cours de médecine générale. Quelle chance ! ", s'exprime le Dr Cassian Minguet, responsable du Centre académique de médecine générale (CAMG) de l'UCL. " Effectivement, en passant de sept à six ans de formation, il est essentiel pour les universités de se concentrer sur ce qui est fondamental au détriment de l'accessoire ", acquiecse Marco Schetgen, doyen de la faculté de médecine et président du département de médecine générale de l'ULB.

Pour le Dr Jean-Luc Belche, chargé de cours à l'ULiège, il faut néanmoins faire attention. " La profession est en pleine mutation et il faut sensibiliser les enseignants. " Et d'ajouter : " Il faut effectivement redéfinir la formation, mais cela comporte également des risques de repli. Il faut se mettre ensemble et non pas travailler chacun de son côté. "

C'est là que le bât blesse : l'ULiège et l'ULB semblent vouloir s'inspirer du conseil de Jan De Maeseneer d'instaurer une formation interuniversitaire, qui considère d'ailleurs cette décision, qui date de 1984, comme " la meilleure décision que nous avons prise ". Mais l'UCL, qui n'a eu de cesse de prêcher pour sa paroisse, n'est pas de cet avis. " Pour harmoniser, il faut créer ", justifie le Dr Minguet. " Je pense qu'il est bon que chaque faculté réalise sa formation de son côté. Nous nous harmoniserons ensuite. " Au grand dam du Dr Didier Giet, président du CCFFMG : " Je regrette ce manque d'harmonisation. Et surtout le fait que les réponses données consistent essentiellement à exposer ce qu'il s'est passé dans chaque faculté. Certes, il est important que chacun prenne sa place dans sa faculté. Certes, les propos du Dr De Maeseneer ne sont pas neufs. Mais en Flandre, force est de constater que la médecine générale a pu avancer parce qu'elle était unie. "

Les applaudissements qui surgirent de la salle à ce moment, compléteront ce sentiment de cassure entre deux blocs. " C'est incroyable, si on avait pris une photo du débat interfacultaire à ce moment, on aurait remarqué que les uns regardent dans une direction, et que les autres regardent dans l'autre direction ", témoigne un médecin entrevu à la pause. " Faire une formation chacun de son côté, ce n'est pas cela que j'imagine faire pendant les 20 prochaines années ", nous rétorque un professeur de médecine générale. " Il faut s'inspirer du modèle flamand interuniversitaire. C'est ça qui me parle ! "

Qu'à cela ne tienne, les médecins sont parfois têtus, à l'image de cette matinée qui fut ponctuée d'innombrables témoignages personnels alors qu'Éric Boever, animateur du colloque, avait spécifié vouloir des questions courtes et précises. " Il ne s'agit pas ici d'une tribune ", rappelle-t-il... Des applaudissements à chaque question, alors que la demande était de ne pas applaudir. Des oublis systématiques de se présenter, alors que cela a été demandé et répété. Des faits qui paraissent anecdotiques voire cocasses... Oui, mais voilà : quand cet entêtement se retrouve chez les têtes pensantes de la formation, ce qui semble être le cas, il n'est pas étonnant que chacun parte finalement de son côté, et c'est là qu'est le danger, comme l'a souligné le Dr Belche.

Un goût de trop peu

Malheureusement, la suite du colloque manquait de sel. Les associations de médecins, sans doute trop en aval de la formation, n'ont que peu pesé sur la discussion malgré la valeur des participants (Dr Orban de la SSMG, Dr Delrée pour le FAGW, Dr De Volder pour la FAMGB) sans oublier l'Absym et le GBO.

Plus dommageable encore, la rencontre entre les doyens des facultés de médecine des cinq universités francophones, ainsi que les représentants politiques des régions et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, accouche d'une souris. Du Dr Dominique Vanpee, président du Collège des doyens des facultés francophones de médecine, tout juste apprend-on que cela " avance " et que des " efforts ont déjà été faits " pour la formation en médecine générale. Les étudiants auront pourtant l'audace d'aborder directement les blocages qui existent entre les universités pour parler de collaboration, mais rien n'y fait. " On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ", rétorque Marco Schetgen. " La discussion autour des maîtres de stage, par exemple, était encore inimaginable il y a quelques années. Mais je suis le premier à dire qu'il faut plus. "

Beaucoup de bonnes intentions, mais aucune proposition concrète n'est finalement sortie de ce colloque, qui était pourtant une bonne première, mais qui ne doit pas constituer un " one shot ". Sur ce sujet au moins, tout le monde semblait d'accord.