Double cohorte : Lettre ouverte des doyens très inquiets

23/03/17 à 13:14 - Mise à jour à 13:44

Source: Le Journal Du Médecin

L'ensemble des doyens des Facultés de médecine lancent un cri d'alarme : selon le rapport de la commission de planification fédérale, en 2018, il devrait manquer 1.061 places de stage pour les étudiants de la fédération Wallonie Bruxelles et 444 en Flandre. Or les facultés de médecine ont la volonté d'offrir une opportunité de formation à tous les étudiants en mobilisant activement tous les acteurs nécessaires. D'où l'objet de cette lettre ouverte qui demande des moyens financiers proportionnels pour affronter cette double cohorte.

Double cohorte : Lettre ouverte des doyens très inquiets

© BELGA

À Monsieur le Premier ministre Charles Michel

À Madame et messieurs les ministres responsables de la santé :

  • Madame la ministre fédérale de la santé, Maggie De Block
  • Monsieur le ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en charge de la santé publique, Rudy Demotte
  • Monsieur le ministre wallon de la santé, Maxime Prévot
  • Monsieur le ministre bruxellois de la santé, Didier Gosuin

Madame et messieurs,

Nous revenons vers vous car nous sommes de plus en plus inquiets, voire très inquiets pour l'avenir des étudiants en médecine qui termineront leur formation de base (master) en juin 2018 dans le cadre de la double cohorte.

Vous savez que, en raison de la réduction de la durée des études (de 7 à 6 ans) entrée en vigueur en 2012, deux promotions d'étudiants arriveront, en 2018, au terme de leur master en médecine. Ce phénomène, couplé à l'absence d'un filtre efficace à l'entrée des études, a pour résultat que nous avons aujourd'hui plus de 1.800 étudiants en médecine qui devraient pouvoir poursuivre leur formation vers les différents masters de spécialisation.

Nous entendons régulièrement dire que les facultés de médecine ont largement contribué à la situation actuelle mais aussi qu'elles ont financièrement profité de la situation. Nous ne pouvons laisser dire de tels propos :

  • Les facultés de médecine sont entièrement tributaires des décisions de la Communauté française qui est seule compétente pour instaurer un filtre à l'entrée.
  • De leur côté, les facultés ont continué à exercer le contrôle qui est le leur, avec des exigences aussi strictes, entraînant un taux de réussite qui est resté stable à savoir un taux moyen en bac1 de 20 à 30 % et une sélection encore significative aux cours des années suivantes.
  • Pour les doyens, confrontés sur le terrain à un numérus clausus pédagogique, le seul critère de filtre valable reste la capacité de formation des universités (places dans les labos, places de stage...) établi en fonction des besoins de la société .
  • En situation d'enveloppe fermée, une augmentation du nombre d'étudiants constatée dans toutes les facultés n'entraine a priori pas une augmentation du financement.

Sans des actions politiques concrètes, le véritable numérus clausus sera en fin de formation pour des centaines d'étudiants en Communauté française. Selon le rapport de la commission de planification fédérale, en 2018, il devrait manquer 1.061 places de stage pour les étudiants de la fédération Wallonie Bruxelles et 444 en Flandre. Les facultés de médecine ne peuvent accepter ce constat alarmant ; elles ont la volonté d'offrir une opportunité de formation à tous les étudiants en mobilisant activement tous les acteurs nécessaires. C'est l'objet de ce courrier.

Il y a, d'une part, un besoin criant de maitrises de stage et de places de stages de qualité permettant d'accueillir ces médecins en formation. La compétence pour ce faire est au niveau du fédéral.

Il y a, d'autre part, un besoin significatif de moyens financiers. Or, nous avons entendu à plusieurs reprises, tant du fédéral que de la Communauté française, qu'il n'y avait aucune ligne budgétaire spécifique prévue pour la gestion de la double cohorte. Nous regrettons un tel manque d'anticipation.

Nous invitons dès maintenant l'ensemble des politiques responsables de la santé à prendre d'urgence le dossier en charge, globalement et de manière concertée. Comment pourriez-vous expliquer aux étudiants et à leurs familles que des médecins formés dans vos universités ne puissent pas débuter un master de spécialisation alors que tous les indicateurs montrent qu'il y a une véritable pénurie de médecins dans certaines régions du pays et pour certaines spécialités bien identifiées par la commission de planification, et que pour combler cette pénurie, l'an dernier plus de 35 % des nouveaux médecins sont venus de l'étranger et ont obtenu un numéro Inami.

Les doyens réitèrent leur volonté de collaborer avec l'ensemble des acteurs concernés (politiques, syndicats, associations professionnelles et étudiantes etc...), afin de trouver une solution acceptable pour tous.

Nous vous prions d'agréer, monsieur le Premier Ministre, madame et messieurs les Ministres de la santé, l'assurance de nos sentiments respectueux et distingués.

Pr Marco Schetgen, doyen ULB

Pr Vincent Dorio, doyen ULg

Pr Dominique Vanpee, doyen UCL