Double cohorte : "La patience du monde médical a ses limites !"

17/05/17 à 13:10 - Mise à jour à 19/05/17 à 11:00

Source: Le Journal Du Médecin

Un texte de consensus extrêmement large est sorti de presse mercredi, rédigé par plusieurs organisations étudiantes et soutenu par un nombre quasi historique d'acteurs (recteurs, doyens, syndicats) pour demander des mesures énergiques afin d'augmenter les places de stage et affronter enfin la double cohorte de 2018, dont les effets dévastateurs sont connus depuis six ans déjà.

Double cohorte : "La patience du monde médical a ses limites !"

© BELGA

Le manque de places de formation via les stages hospitaliers compromet la qualité de la formation médicale, phénomène encore aggravé par les restrictions budgétaires dans les hôpitaux. La double cohorte de juin 2018 est connue depuis 6 ans, moment de la réduction du tronc commun de médecine de 7 à 6 ans. Or, selon le collectif, "la ministre de la Santé publique n'a toujours prévu aucune solution". La commission de planification escompte un manque de quelque 1.200 places de stage. Seuls les MG pourraient échapper à la Bérézina en vertu d'accords de collaboration interuniversitaires.

Pour le reste, les recommandations du Conseil supérieur des MG et des SP et de l'Académie royale de médecine sont restées lettre morte.

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Les étudiants en médecine "constatent que la ministre De Block préfère investir dans le développement d'applications coûteuses plutôt que dans la formation des futurs médecins".

Car il ne suffit pas d'augmenter les places de stagiaires par maître de stage ou lieu de stage. Le médecin spécialiste en formation (MSF) doit sortir de sa spécialisation en sachant gérer "tous les syndromes, interventions et complications propres à sa spécialité et il doit avoir le temps d'approfondir ses connaissances. Cela ne peut se réaliser que s'il est suffisamment exposé à ce genre de cas durant sa formation."

Si on augmente les places de stage, vu le nombre limité d'heures prestées, "les MSF auront moins d'occasions de rencontrer des pathologies, auront moins d'autonomie - ou de conseils - pour les actes techniques, et la disponibilité du maître de stage pour un assistant sera partagée par plus d'étudiants ; le système de formation actuel ne sera donc plus soutenable. "

Absence de volonté réelle

Le collectif estime qu'il n'y a pas dans le camp de la ministre de volonté réelle de s'attaquer au problème de la double cohorte.

Il propose donc l'exploitation des "stages satellites", qui n'offrent pas pour le moment une formation complète mais qui pourraient pourvoir à une formation de qualité certainement mieux que la multiplication linéaire des places de stage.

Autre problème soulevé : le passage de 3 à 2,5 ans de la formation des généralistes pour économiser 7 millions d'euros. Même si Maggie De Block reste favorable à 3 ans, elle ne propose pas de solutions réelles. "Cette réduction aurait des conséquences catastrophiques sur la santé publique : les médecins généralistes belges ne satisferaient plus aux normes européennes, perdraient leur reconnaissance et seraient alors considérés comme des médecins de 'seconde zone' en Europe. Ceci compromettrait également la collaboration entre les acteurs de santé de première, deuxième et troisième ligne."

Autre problème soulevé : l'attribution des numéros Inami 000 qui permettent à leur détenteur (souvent un médecin étranger) de travailler uniquement sous la supervision d'un autre médecin. "Ces numéros ne sont pas pris en compte dans la planification de l'offre médicale, et il n'existe aucune limite quant à leur attribution. De ce fait, nous craignons que les 000 soient utilisés comme solution pour la double cohorte, forçant l'étudiant n'ayant pas trouvé de place de stage à endosser ce statut."

Financement problématique

Un dernier obstacle, et non des moindres, est le manque de financement. " Nous constatons que la ministre De Block préfère, par exemple, investir dans le développement d'applications coûteuses plutôt que dans la formation des futurs médecins." Faute d'augmenter la partie B7 du BMF, "il semble que le coût de la double cohorte sera reporté exclusivement sur l'offre de stages. Ces coûts représentent environ 30 millions d'euros pour les hôpitaux**. Perversion : sur les 30 millions d'euros, 10 millions d'euros reviennent aux pouvoirs publics via la taxation du jeune médecin (la base de taxation moyenne sui generi est de 30%)".

Les étudiants estiment que les ajustements de Mme De Block (faciliter la distribution des places de stage entre les centres universitaires et périphériques, élargir les critères d'ancienneté des maîtres de stage, année sabbatique) ne suffiront pas à assurer la qualité.

En outre, la double cohorte va impacter l'ensemble de la jeune génération de médecins sur plusieurs années de spécialisation et fera ressentir ses effets bien plus longtemps que la seule année 2018.

*Cium (comité interuniversitaire des étudiants en médecine), FEF (Féderation des étudiants francophone), AMSF (Association nationale des médecins spécialistes en formation) BEM et BEA (bureaux étudiants de l'ULB), AGL (étudiants louvanistes), Fédé (étudiants de l'ULg), Absym, Cartel, AADM (Alliance Avenir des médecins), GBS et doyens des Facultés de médecine et recteurs de l'ULB, de l'UCL, de l'ULg, de l'UMons et de l'UNamur.

**Salaire brut d'un médecin en formation : 40.000 euros x 1 cohorte de médecins spécialistes en formation.

Actualisé vendredi 19 mai : 10h57

"Nous travaillons très sérieusement pour trouver une solution à la double cohorte d'étudiants en médecine, qui termineront leurs études en 2018 et auront besoin de trouver un stage. Il n'y a pas de solution unique ; je tiens plutôt compte d'une combinaison de différentes mesures. Et nous n'arriverons à une solution qu'à condition que tout le monde coopère de manière flexible et transparente, dans l'intérêt des étudiants et des patients", a déclaré Maggie De Block, jeudi soir.

"Notre priorité est avant tout de créer - temporairement des places de stage supplémentaires qui soient de qualité, et ce, dans l'intérêt des patients et de nos candidats en médecine, à qui nous devons offrir la meilleure formation possible. Mais il est difficile de s'y retrouver dans un dossier dont on n'a pas tous les chiffres exacts. Malgré que nous ayons insisté à maintes reprises, les facultés de médecine ne nous ont toujours pas transmis toutes les données concernant leurs réseaux de formation. Nous n'avons donc toujours pas de vue sur le nombre de places de stage réellement disponibles."

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