Des assistants très remontés

08/02/18 à 23:30 - Mise à jour à 16:05

Vendredi 2 février, le Tribunal du Travail de Liège a entendu les arguments d'un ancien assistant spécialiste, le Dr Selim Sid, contre le CHU de Liège à propos des conditions de travail au sens large. Le Tribunal rendra son verdict le 20 avril prochain. D'autres assistants corroborent les conditions difficiles qui règnent dans cet hôpital mais qui ne sont pas l'apanage du Sart-Tilman. Le CHU de Liège, sollicité par nos soins, n'a malheureusement pas souhaité réagir contradictoirement, attendant le verdict du tribunal.

Des assistants très remontés

© BELGA

Le Dr Sid est diplômé en médecine de l'ULg (juin 2011). Il a entamé ensuite une formation en médecine interne à visée hématologique au CHU de Liège. Il est actuellement à la fin de sa 6e année (sur 6 au total) avant d'obtenir le diplôme d'hématologue. "Par choix de vie, j'ai pris la décision de limiter mon temps de travail à 48 h par semaine comme l'arrêté Colla régissant le temps de travail des assistants en médecine me l'y autorise. Je n'ai donc pas signé l'avenant relatif à ma convention de stage qui aurait permis au CHU de porter mon temps de travail moyen à 60 h par semaine au lieu des 48 h par semaine du contrat de base. L'obligation légale faite à l'employeur de ne pas me faire travailler plus de 48 h n'a jamais été respectée (mes fiches de paie le prouvent : environ 55 heures par semaine). En effet, le CHU considère qu'il n'a pas à respecter les lois sociales et comme nous, assistants, sommes évalués et employés par les mêmes personnes, vous imaginez que peu de gens osent se plaindre, que rares sont ceux qui n'ont pas signé cet avenant et que la plupart qui avaient refusé de le faire ont été 'incités' à le signer."

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Une assistante se serait vue répliquer par une superviseuse : "Quelle idée de tomber enceinte lors de ta 1ère année d'assistanat ! Tu aurais mieux fait d'adopter un chien !

Convocation

Le Dr Sid aurait alors été convoqué le 18 octobre 2012 à la direction médicale du CHU qui, rappelons-le, n'a pas souhaité réagir. "Je me suis vu expliquer qu'ils n'avaient pas l'intention de respecter cette obligation légale car le CHU n'en avait pas les moyens humains et financiers. De plus, mes heures de gardes ne sont payées que 7 euros 50 brut de l'heure au lieu des 10 euros 28 que touchent mes collègues qui ont signé l'avenant. Le directeur médical m'a expliqué que cette différence avait pour but d'inciter les assistants médecins à signer ce document ce qui est contraire à l'arrêté Colla."

Lors de son stage en pneumologie en 2011-2012, il lui aurait été expliqué par écrit que s'il désirait respecter la limite des 48 heures par semaine de travail, "une attention particulière sera portée à la qualité du travail fourni, en aucun cas le respect de la durée maximale de travail ne sera un prétexte à un travail incomplet". Selon le Dr Sid, le CHU lui aurait signifié que "dans ce cas également, le président du département de médecine interne jugera si le temps de travail accompli par semaine est suffisant pour valider effectivement le nombre de mois prestés dans le service par rapport au plan de stage prévu". Ceci constitue pour le Dr Sid "des menaces totalement inacceptables".

FGTB impuissante

Sélim Sid aurait alors été trouvé la conseillère en prévention pour la charge psychosociale. "Elle m'a poliment écouté et, selon ses dires, en a parlé avec le directeur médical et l'administrateur délégué du CHU. Ces discussions n'ont cependant pas abouti puisque ces derniers ne voyaient pas où se trouvait le problème."

Fraîchement syndiqué (FGTB), le Dr Sid a envoyé plusieurs lettres de son syndicat à l'administrateur délégué. Le syndicat socialiste aurait alors "décidé de ne pas porter plainte contre le CHU". D'où sa démarche personnelle via un avocat. Il affirme alors ceci : "On m'a d'abord proposé un accord secret (sic ! ) qui consistait à me payer 8.400 euros environ qui correspondaient à la différence de salaire accumulée depuis le début de mon assistanat par rapport à mes collègues. En échange, j'aurais dû m'engager à ne pas porter plainte contre le CHU et à ce que cet accord soit secret. Bien entendu, ce n'est pas ma conception de la justice et j'ai donc refusé et porté l'affaire devant le tribunal du travail de Liège. Dans l'intervalle, alors que j'aurais dû être engagé au CHU en hématologie dans 6 mois où il y a un manque criant de médecins, mon chef de service m'a informé que le conseil d'administration refusera de m'engager car je les poursuis au tribunal."

Le jugement aura lieu le 24 avril prochain.

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