Nicolas de Pape
Nicolas de Pape
Senior Writer
Opinion

03/02/17 à 04:00 - Mise à jour à 02/02/17 à 16:58

Déclinophilie, une passion franco-belge

L'autoflagellation, la passion pour le déclin... Ces sentiments traversent l'Europe et en particulier sa partie latine et francophone. En France, les oiseaux de mauvais augure se multiplient et ne sont plus l'apanage de la droite voire de la droite extrême. La contagion gagne la Belgique.

Déclinophilie, une passion franco-belge

© © Clickalps SRLs

Ainsi, Michel Onfray, philosophe émanant de la gauche anti-libérale, propose en 600 pages (Décadence. Vie et mort du judéo-christianisme, Flammarion, 2017), à notre civilisation "d'en finir avec élégance". A souligner que la seule différence qu'Onfray voit entre lui et Eric Zemmour c'est qu'il n'a, lui, Onfray, aucune solution. Et certainement pas de fermer les frontières car le fondateur de l'Université populaire pense que l'immigration massive à nos portes est chose naturelle et salutaire... Somme de clairvoyance ou "cathédrale d'ignorance, un monument à la gloire de la mauvaise foi et de la démagogie"?

Dans nos soins de santé, les mauvaises nouvelles se succèdent et la mauvaise foi aussi. Après avoir appris que la dotation publique sous condition entame la pérennité de notre sécurité sociale et donc des soins de santé et les économies "hénaurmes" à hauteur de 900 millions, que l'accord médico-mut risque de sauter, le rapport du Groupement belge des spécialistes, signé Marc Moens est, comme chaque année, une litanie de catastrophes, encore le Dr Moens le fait avec un humour grinçant qui ce qui permet de faire passer la pilule.

Depuis au moins le gouvernement Tindemans (il faut avoir au moins 60 ans pour s'en souvenir), le budget de l'Etat de la sécu n'ont connu que des valses d'économies linéaires. Les instances de concertation passent des heures à débaucher des "viviers" de coupes budgétaires. Après le vol de l'index pour les médecins, c'est au tour des Mutuelles de sentir le tour de vis passer. Le secteur hospitalier ne sort pas du rouge. Et la 6e Réforme de l'Etat est vue plus comme une menace elle aussi budgétaire qu'une opportunité d'assumer de nouvelles compétences.

La reine Maggie elle-même qui surfait sur une vague d'assentiment populaire se morfond en voyant fondre sa cote de popularité dans les limbes.

Il n'y a guère plus que l'innovation technico-thérapeutique pour nous réconcilier avec l'idée de progrès. L'hébétude du début de ce siècle n'aura duré que quelques mois.

Pourtant, un peu de pensée positive ne serait pas de trop. Ainsi, la Belgique possède, en terme d'accessibilité, le 4e meilleur système de soins du monde selon le rapport annuel sur l'état des systèmes de santé européens publié en en cette fin janvier par le Health Consumer Powerhouse. Pour un petit pays déchiré par les communautarismes de toutes sortes et caractérisé par sa gabegie, ce n'est pas si mal.

Contemplons donc nos réalisations plutôt que sans cesse se morfondre. Tout est question de volonté. N'oublions jamais que les civilisations anciennes, trop souvent, se sont suicidées plutôt qu'elle ne furent éliminées.