Dans le Luxembourg, la Garde ne se rend pas

25/01/18 à 04:30 - Mise à jour à 13:31

La pénurie de MG dans le Luxembourg et à Dinant (excepté le Sud-Luxembourg) met en péril la garde dans cette région rurale et peu peuplée. Plusieurs propositions de Postes médicaux de garde (PMG) supplémentaires n'ont pas convaincu le cabinet De Block. Or ce sont les rôles de garde qui freinent les jeunes MG à s'installer dans la région. Explication avec le président du PMG LD (Luxembourg-Dinant), Christian Guyot.

Dans le Luxembourg, la Garde ne se rend pas

"Les importances différences entre les récurrences de garde dissuadent toute nouvelle installation dans les zones où la garde est élevée. Cela fait fuir les jeunes." © /

Le Luxembourg est confronté à une forte diminution de médecins généralistes encore actifs dans certaines zones de garde (lire carte). Actuellement, la zone compte 38 secteurs de garde, la majorité sont " en difficulté ", certains ne comptant que 2 médecins sur le rôle de garde (lire encadré sur Gouvy), d'autres en comptant 24. Ce qui correspond entre 110 et 1.320 heures de garde de semaine par an. Or plus d'une garde par semaine par médecin est problématique. " Ces importances différences entre les récurrences de garde dissuadent toute nouvelle installation dans les zones où la garde est élevée. Cela fait fuir les jeunes. Et, par ailleurs, le vieillissement du cadre se poursuit avec des médecins qui doivent travailler bien au-delà de 65 ans. " Dans ce contexte, " maintenir une garde de nuit en semaine n'est pas un caprice du monde rural ".

Une solution : la fusion des zones de garde. Mais cela ne peut marcher que si les zones agrégées ne sont pas confrontées au même type de pénurie. " En pratique, la fusion de deux zones critiques est impossible car elle ne ferait qu'élargir la superficie ainsi que la charge de travail sans résoudre le problème."

Compromis

Le Dr Guyot se propose donc d'ouvrir un système de garde offrant une récurrence équivalente pour l'ensemble de la région en faisant appel à la " solidarité " des médecins des zones de garde " confortables " vis-à-vis des confrères moins chanceux. " L'ouverture des PMG en semaine permettrait d'avoir un assistant logistique pour assurer des conditions de travail décentes et sécurisées. "

Le Dr Guyot travaille depuis 2015 à un projet de compromis entre cercles pour concrétiser cette vision. Début 2016, Guyot a déposé un projet de financement à l'Inami sur un scénario bas : 5 PMG ouverts durant la totalité de la nuit. " Après un an d'instruction du dossier par l'Inami, on nous a demandé de spécifier la charge de travail en garde de semaine. Nous nous sommes exécutés et avons envoyé notre analyse en juin 2017 sous forme d'une nouvelle demande. En novembre dernier, afin d'être sûr d'être accepté, nous avons revu le budget à un total de 248.000 euros pour les postes de garde en nuit de semaine. Cela paraît beaucoup mais l'Etat récupérerait 330.000 euros en honoraires de disponibilité en garde normale de semaine. Ce qui permettrait une économie de 82.000 euros/an. De plus, le projet créerait 6 emplois à temps plein : une secrétaire pour 5 PMG (pour le début de soirée) et un chauffeur par PMG pour la tranche 20 h - 8 h "

Hélas, la ministre, soutenue par les partenaires sociaux dans l'accord médicomut, ne permet à ce type de projet de garde de semaine d'arriver à exécution que lorsqu'on sera arrivé à une uniformisation des gardes de week-end dans tout le pays, ce qui peut prendre 4 ans, selon Guyot. "Impossible d'attendre aussi longtemps. Nous demandons donc d'entrer comme Leuven-Tienen, dans un projet-pilote. Attention, si Leuven-Tienen est un projet in vitro, le nôtre serait in vivo ! "

3 des 4 cercles existants

Sans attendre, le PMG-LD ouvrira avec les moyens du bord des PMG en nuit de semaine à partir du 3 avril 2018 sur 3 des 4 cercles existants. Une assemblée générale inter-cercle sera organisée le 28 février pour arriver à un accord. Une majorité des médecins présents est nécessaire pour l'entériner. Restera alors à obtenir des subsides. Faute de subsides, la région devra trouver une solution alternative. Le dossier est juridiquement à l'étude.

Enfin, le Dr Guyot estime que la Garde de nuit en semaine n'est pas antinomique avec la nuit noire. " Les protocoles 1733, utilisés actuellement sont en cours de réécriture au niveau du FAGW et le principe de 'nuit' noire' y est clairement repris. Les demandes de soins à la médecine générale de 23 h à 8 h seront reportées au lendemain 8 h du matin sauf cas critiques comme les pensionnaires des maisons de repos. "