Geert Verrijken
Geert Verrijken
Directeur de la rédaction
Opinion

10/01/18 à 11:12 - Mise à jour à 11:12

Châtons à donner

Le rédacteur en chef d'Artsenkrant revient, nostalgiquement sur 30 ans de presse médicale.

Châtons à donner

© BELGAIMAGE

Juste avant les vacances, nous vous avons proposé un numéro rétrospectif de l'année 2017. Mais si je remonte 30 ans en arrière, la presse médicale a toujours été mon biotope, essentiellement d'ailleurs à Artsenkrant (ndt : la version néerlandophone du journal du Médecin). Je ne peux m'empêcher de vous livrer quelques impressions.

Radio nostalgie... Voici trois décennies, la presse traversait une difficile période transition, de la machine à écrire à l'ordinateur personnel. Il n'était pas question d'internet ou de courriel mais de photos et de textes de collaborateurs qui arrivaient en vrac à la rédaction. "Rédaction" était d'ailleurs un grand mot : un coordinateur nerveux la cigarette au bec brassant du vent. Ça marchait le plus souvent. Car le nombre de pages était assez limité et le contenu pas vraiment important. Il fallait donner au lecteur une illusion. Dans la rubrique courrier, on publiait régulièrement des thématiques très conservatives d'un certain R.J. d'Anderlecht. Jef le réactionnaire, s'appelait-il, un pseudonyme du rédacteur en chef de l'époque. Cracher sa bile anonymement. Faits et opinions...

Parfois, les petites annonces n'étaient pas en nombre suffisant pour remplir une page. Le problème était résolu comme suit : un numéro de téléphone fictif et "châtons à donner" ou "chiens à vendre" et, hop, le trou était comblé. A l'époque, la langue de Molière dominait la presse médicale. Enormément de textes étaient traduits. Le nom de la rubrique petites annonces (kleine aankondigen) se changea en 'zoekertjes'.

Artsenkrant/journal du Médecin vivait à l'époque exclusivement de la publicité pharmaceutique. A l'ère des blockbusters, le journal était plein à craquer. On passa de 16 pages par semaine à 72, 80 par numéro. On passa bi-hebdomadaire. Beaucoup de collaborateurs nous rejoignirent, des célébrités aussi. Puis ce fut le temps des vaches maigres, les firmes resserrèrent leurs budgets publicitaires. Des titres passèrent à la trappe. On connut des charrettes de licenciement qui séparèrent le bon grain de l'ivraie. On repassa hebdomadaire. Les newsletter, sites internet et médias sociaux apparurent. Les crises sont des défis. La rédaction se professionnalisa et maintenant Artsenkrant/le journal du Médecin est une petite machine bien huilée qui livre un journal et deux newsletters par semaine.

Créer un jdM-Club payant a été un défi certain. Nous avons de nouveaux revenus et le journal est moins dépendant de la publicité. Et plus important encore : cela renforce l'autonomie et l'indépendance de la rédaction.