Dr Paul De Munck
Dr Paul De Munck
président du GBO (Cartel)
Opinion

27/06/17 à 09:38 - Mise à jour à 09:39

A quand un gouvernement qui osera lever le tabou sur l'échelonnement des soins ?

L'Académie belge de pédiatrie vient de rédiger sa vision de la fonction du pédiatre dans le système de santé belge, vision qu'elle a pris soin de communiquer à la presse. En très résumé, les pédiatres affirment haut et fort qu'ils revendiquent d'être les médecins de première ligne des enfants ! La médecine générale réunie en Collège ne manquera sûrement pas, j'en suis certain, de réagir et le GBO aussi ! En attendant c'est une nouvelle occasion pour le GBO de remettre à l'ordre du jour la question de l'échelonnement des soins et la nécessité absolue d'inscrire à l'agenda de nos gouvernants l'élaboration d'un véritable Plan fédéral de Développement de Santé Publique décliné en plans régionaux pour les niveaux communautaires et régionaux.

A quand un gouvernement qui osera lever le tabou sur l'échelonnement des soins ?

© BELGAIMAGE

Notre pays nécessite, indépendamment des évolutions et des soubresauts de gouvernance, une vision partagée à moyen et surtout à long terme. Lancer des réformes et projets tout azimut, secteur par secteur, en silos ou selon des logiques uniquement d'économie en s'attaquant ici au remboursement de certains médicaments ou là à l'organisation en réseaux hospitaliers, à un rythme accéléré et sans une concertation effective ne suffit pas. Je ne dis pas que ces réformes ne partent pas d'un bon sentiment ou d'une volonté d'amélioration mais je dis que le rôle des pouvoirs politiques est de développer des stratégies à plus long terme, les pieds sur terre et transcendant les échéances d'une législature en se basant, entre autres, sur une large concertation avec les acteurs et les experts en santé publique et en organisation des soins.

L'échelonnement pas à l'agenda

Le GBO a déjà proposé au KCE lors du précédent appel à sujets d'étude en 2016 de traiter de la question : "Un plan de santé global est-il souhaitable en Belgique, si oui comment le réaliser et quels seraient les obstacles à surmonter ?". Le Dr Pierre Drielsma, secrétaire général Adjoint du GBO, avait aussi proposé une "étude de la faisabilité d'une forme d'échelonnement dans le système de santé belge". Aucun des deux sujets n'a été retenu sous prétexte pour le premier que "les questions posées rejoignaient les questions actuellement étudiées dans le cadre de deux projets en cours, le projet relatif à la performance du système de santé et le sujet "Objectifs (des soins) de santé". Pour le second, la raison invoquée fut que "si la question de l'échelonnement était une priorité de l'agenda politique, le KCE en étudierait les aspects de faisabilité, avec un potentiel d'aide à la décision ". Ce qui démontre bien que ce n'était pas (et que ce n'est toujours pas !) à l'agenda politique ! Nous saisirons l'occasion du nouvel appel à sujets du KCE de 2017 pour remettre des propositions sur ces sujets.

Suite à l'actualité que l'on connaît, un leader d'un parti politique appelait tout récemment via les médias à une "révolution éthique" en matière de gouvernance. J'en appelle à une révolution copernicienne de la pensée en santé publique et en organisation des soins en Belgique. Nos écoles de santé publique n'ont pas les moyens suffisants pour mettre leur compétence de recherche et leur expertise au service des décideurs. Ces derniers ne font pas assez appel à eux. Le terrain est lui aussi disposé à mettre sa propre expertise au service de la réflexion sur de nouveaux modes d'organisations des soins. Pour preuve, les réflexions menées depuis quelque temps au niveau wallon par la plateforme de première ligne wallonne reconnue comme interlocuteur par le mnistre wallon de la santé, Maxime Prévot, et les réflexions et projets menés lancés en Flandre par une première ligne fortement soutenue par le ministre flamand de la santé, Jo Vandeurzen ; le lancement des projets pilotes pour une meilleure prise en charge multidisciplinaire et interligne des maladies chroniques par le niveau fédéral est une tentative d'oeuvrer en ce sens, que nous soutenons, mais dont nous décrivons par ailleurs tous les travers et faiblesses.

Burnout

Si nous voulons préserver, voire améliorer notre système de santé déjà réputé performant, si nous voulons préserver voire améliorer sa qualité et notamment son accès à tous selon ses besoins, alors nous devons oser le débat et la remise en question de certains fondamentaux comme le partage des tâches entre prestataires de soins et revoir l'organisation et le mode de financement des lignes de soins et au sein de chacune d'elles leur mode de financement et d'organisation des prestataires.

Autre préoccupation ! Certains auteurs n'hésitent pas à tirer la sonnette d'alarme en matière de burnout qui n'atteint pas que les médecins certes (installés ou en formation d'ailleurs) mais qui les atteint aussi. Le film burning out, du réalisateur belge Jérôme Lemaire, en est une illustration subtile et magistrale qui préfigure peut-être une crise grave de notre système sur le plan humain. Cela doit au moins nous interpeller et nous faire réfléchir sur l'avenir de notre médecine au sein de la société. Les médecins jeunes et moins jeunes et l'ensemble des autres prestataires de soins ont tout intérêt à oser le débat en laissant de côté une fois pour toutes les vieux démons des réflexes corporatistes. A une époque où certains construisent de nouveaux murs, osons briser ceux qui restent encore trop souvent entre nous, médecins généralistes et médecins spécialistes, comme aime à le rappeler le Dr Jonathan Brauner, co-président duMonde des Spécialistes (MoDeS), notre partenaire francophone au sein du Cartel pour les médecins spécialistes.

Que les vacances puissent être mises à profit afin d'être dans de bonnes dispositions à la rentrée de septembre en vue des négociations pour un nouvel accord médico-mutualiste, de manière constructive et dans une vision d'intérêt collectif.

Afin que soient fournis, selon notre devise, "les meilleurs soins, accessibles à tous, au meilleur endroit, par le prestataire le plus adéquat, au moment le plus opportun et au juste prix !"