"80% des détenus touchent à la drogue", selon le Dr Mouafa (prison de Saint-Gilles)

04/10/18 à 10:27 - Mise à jour à 12:32

"Près de 80% des détenus touchent à la drogue", rapporte un médecin de la prison de Saint-Gilles dans les titres Sudpresse jeudi. Et dans les prisons flamandes, il est estimé qu'un tiers des détenus en fait usage, selon une étude de l'université de Gand, citée dans les journaux Mediahuis. Mercredi, la ministre de la Santé publique Maggie De Block s'est rendue à la prison de Saint-Gilles dans le cadre d'un projet-pilote pour une prise en charge sur mesure de chaque toxicomane.

"80% des détenus touchent à la drogue", selon le Dr Mouafa (prison de Saint-Gilles)

© BELGA

Selon le docteur Fokoua Mouafa, médecin-chef à la prison de Saint-Gilles, "80 % des détenus, ayant fait un séjour de trois mois au moins, touchent de près ou de loin à la drogue (...) Si l'on ne compte que les détenus qui se droguent directement, on est à 40-50%. Tout cela dépend de la durée du séjour. Plus on reste en prison, plus on a de chance de se droguer", décrit-il.

Au delà du désespoir pour les détenus, "la drogue est une maladie contagieuse. En prison, plus qu'ailleurs, il y a l'effet de groupe: pour te sentir intégré dans la famille, tu te drogues comme les autres. Tu peux aussi entrer dans des combines où le joint ou d'autres substances devient une monnaie d'échange", explique encore le docteur.

Son constat va dans le sens de celui des criminologues Louis Favril et Freya Vander Laenen, de l'université de Gand, tiré à l'issue d'une enquête menée dans 15 prisons flamandes. Un tiers des détenus y consomme de la drogue, alors qu'à peine 6% d'entre eux en faisaient usage avant leur incarcération. Les drogués en prison sont plus jeunes que les détennus sans assuétude et sont généralement de nationalité belge. Les proportions sont similaires pour les hommes et les femmes. Les criminologues recommandent de screener à ce sujet les détennus dès le début de leur peine.

A la prison de Saint-Gilles, un dépistage via questionnaire est réalisé dès l'arrivée du détenu. La ministre de la Santé publique a visité mercredi l'établissement pénitenciaire dans le cadre d'un projet-pilote mené aussi dans les prisons de Lantin et Hasselt. Celui-ci, d'un montant de 1,4 million d'euros, vise la prise en charge sur mesure de chaque toxicomane (lire encadré).

Maggie De Block plaide pour l'accompagnement personnalisé

Malgré les efforts quotidiens des prestataires de soins et les nombreux efforts de la Justice, la consommation de drogues et de médicaments dans nos prisons belges reste élevée, reconnaît la ministre de la Santé publique. "Cette situation n'est pas saine, tant au sens propre qu'au sens figuré. Puisque la consommation de drogues comporte divers risques pour la santé et peut faire pression sur la sécurité dans une prison. Selon des études internationales récentes, 20 à 45 pourcents des détenus consommeraient des drogues illicites en prison, avec des chiffres très similaires en Belgique."

Lors de la Conférence Interministérielle Santé Publique du 20 novembre 2017, la ministre fédérale de la Santé publique Maggie De Block a proposé de développer un modèle de prise en charge de la consommation de drogues adapté aux détenus. "À cette fin, des projets pilotes ont été lancés en décembre 2017 dans les prisons de Saint-Gilles / Berkendael, Hasselt et Lantin. Ceux-ci se dérouleront jusqu'en avril 2020. Grâce aux expériences sur le terrain, un vaste modèle de prise en charge personnalisé sera développé, comprenant toutes les étapes, du dépistage et de la détection précoces aux entretiens motivationnels et au traitement."